le volcanique Jorge Jesus raconté par l’un de ses anciens joueurs français - FlaNotícias
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le volcanique Jorge Jesus raconté par l’un de ses anciens joueurs français


Coupable de crime de lèse-majesté pour les uns, modèle de fermeté pour les autres, Jorge Jesus est celui qui a osé s’opposer à Cristiano Ronaldo, qui accuse le nouveau sélectionneur du Portugal d’avoir trahi sa parole. Un drôle de bras de fer qui ne surprend pas vraiment Damien Tixier. Ancien latéral passé par Lens, Le Havre ou Nantes, il a évolué pendant une saison sous les ordres de Jorge Jesus, en 2005-2006, à Leiria, en D1 portugaise. Lui garde un excellent souvenir de ce coach au caractère volcanique mais “monstrueux” tactiquement.

Quel est votre premier souvenir de Jorge Jesus?

Je l’avais affronté quelques fois avant son arrivée à Leiria, et je n’avais eu que des retours positifs. On m’avait dit que c’était un très, très bon coach. Mais qu’il avait un gros caractère. Ça s’est vite confirmé! Quand il signe à Leiria, il remplace un coach qui vient de se faire virer au bout d’un mois (José Gomes, deux matchs dirigés, ndlr). Tout de suite, on comprend à qui on a affaire. Son premier discours, c’est: ‘Ici, c’est moi le patron. Je vous le dis, ici, c’est moi le patron. Je suis le meilleur coach du Portugal. Vous le verrez plus tard, je vais entraîner Benfica, le Sporting ou Porto. Vous allez entendre parler de moi.’

D’accord, il n’y a pas de star dans l’équipe, mais il y a quand même des gars bien identifiés au Portugal et des titulaires indiscutables. Même moi, il me connaît parce que je suis dans ce championnat depuis quelques années, mais quand il se présente, il vient me voir et me dit: ‘Tu t’appelles comment toi ?’ C’est ça, Jorge Jesus. À ce moment-là, il veut nous montrer que c’est lui le boss et qu’il s’en fout des statuts. Il veut qu’on en prenne un coup dans notre ego et que ça nous soude.

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Comment se déroulent les premières semaines avec lui?

Au début, c’est un peu compliqué. Il change beaucoup de choses au club. Mais on se rend compte qu’il est très, très fort et qu’il va nous faire passer un cap. Tactiquement, il est monstrueux. On entend beaucoup de choses aujourd’hui sur son caractère, mais il ne faut pas oublier que c’est d’abord un crack de la tactique. Cette saison-là, on passe des séances entières à bosser des points précis. Et lui il intervient, il est là pour expliquer telle ou telle chose, il est ultra impliqué aux entraînements.

D’un coup, il peut stopper un exercice pour dire à un mec: ‘Non, arrête, c’est n’importe quoi là, c’est ça que tu dois faire.’ Les corners défensifs, par exemple, c’est super important pour lui. J’ai vu sur ses premiers matchs avec le Portugal des tactiques qu’on appliquait déjà en 2005! Avec beaucoup de travail sur les phases arrêtées, les coups de pied arrêtés, le pressing haut, le hors-jeu… Je me souviens de mises en place millimétrées, chaque jeudi, avant les matchs.

Avec un gros travail axé autour de la vidéo?

Totalement. Il est attentif à chaque détail, il peut passer des heures à étudier le style d’un joueur pour expliquer ensuite avec des vidéos ce qu’il faut faire très précisément pour contrôler ce joueur. En France, j’ai connu des coachs pour qui les séances d’entraînement se résumaient toujours à la même chose. Ce n’était pas très poussé… Rien à voir avec Jesus, qui veut que tout soit carré.

Comment est-il dans son management avec son vestiaire?

Il est très proche de ses joueurs. Il a su tous nous entraîner avec lui. Et moi, mon caractère fait que j’ai toujours aimé les coachs qui me disaient réellement les choses. Sans faire semblant. Au RC Lens, j’ai connu Francis Gillot qui ne me disait jamais rien. Même après un mauvais match, il n’était pas capable de me dire les choses. C’était fou. Jorge Jesus, lui, il était cash avec tout le monde dans le vestiaire.

A-t-il vraiment un caractère volcanique?

Oui, mais c’est parce qu’il est entier. Un jour, on affronte le Sporting, je joue latéral gauche et j’ai Nani en face, un sacré client! Le coach Jesus est juste à côté de moi. Sur le premier contact, alors que le match vient juste de commencer, je gagne mon duel avec Nani de la tête. Je vois le coach qui se met à crier comme un fou pour me dire que c’est bien et qu’il faut que je continue (rires). Aux entraînements comme en match, il est habité. Il court à gauche et à droite, il vit tout à fond.

Pour certains, c’est fatigant. Je l’ai vu s’embrouiller avec des joueurs. Et mentalement, il demande tellement de choses tactiquement que ça devient épuisant pour les joueurs. Je pense que c’est aussi pour ça qu’il s’est rarement posé dans des clubs. C’est dur pour un groupe de tenir ce rythme. Je crois aussi que c’est ce qui l’a empêché d’atterrir dans des tops clubs européens. Il est clivant.

Leiria termine cette saison 2005-2006 à la 7e place du championnat, pas loin de l’Europe, après être passé très proche de la relégation l’année précédente…

On fait une magnifique saison, on tape Benfica 3-1 chez nous… Et c’est en grande partie grâce à Jesus. Chaque jour, il nous répète: ‘On ne doit avoir peur de personne. Ni de Benfica ni de Porto ni du Sporting. Ce sont des mecs comme nous.’ Je me souviens de causeries mythiques. Il te donne envie d’aller à la guerre pour lui. Et c’est ce qu’on a fait. Derrière, plusieurs joueurs de l’équipe ont signé dans de très bons clubs portugais, moi j’ai pu partir à Lens. Il a réussi à tous nous faire progresser, et avant de quitter le club (pour rejoindre Belenenses), il a tenu à payer un resto à tout le groupe. Ça peut paraître anecdotique mais pour moi ça dit beaucoup du personnage. C’est le meilleur entraîneur que j’ai connu dans ma carrière, avec Artur Jorge à Coimbra.

Damien TIXIER à Lens, le 11/02/2007
Damien TIXIER à Lens, le 11/02/2007 © David Herman / Icon Sport

Quel est votre regard sur le psychodrame autour de Cristiano Ronaldo, parti au clash avec Jesus en l’accusant d’avoir trahi sa parole?

Ce n’est pas trop surprenant. Les dirigeants de la fédé portugaise savaient qu’ils prenaient des risques en le choisissant comme sélectionneur. Il a un caractère tellement bouillant. Je n’irai peut-être pas jusqu’à dire qu’il est imbu de sa personne, mais pas loin (sourire). Cristiano Ronaldo ou pas, il ne se laisse pas faire, il a toujours été comme ça… Son ego est énorme, et celui de Ronaldo… Moi, ça m’attriste parce que j’adore Ronaldo mais il faut qu’il comprenne à 41 ans que ça peut être bien de laisser la place aux jeunes et que ce n’est pas la fin du monde s’il est sur le banc de temps en temps. Et à 72 ans, je ne vois pas Jesus se renier, il ira au bout de ses convictions.



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