“Je me suis régalé mais je devais rentrer…” aux Etats-Unis, les supporters français heureux mais de moins en moins nombreux

L’équipe de France avance sereinement dans ce Mondial, poussée par ses supporters qui essaient de se faire entendre, par milliers, en tribune. Beaucoup d’entre eux vivent une expérience réjouissante, mais ils sont de moins en moins nombreux sur place, alors que les matchs couperets s’enchaînent.
Deux, trois, quatre matchs et puis s’en vont. Certains supporters français ont vécu leur rêve aux Etats-Unis, celui de participer à leur manière à une Coupe du Monde. Les rassemblements, les chants, les soirées entre fans, les visites de villes… Mais au fur et à mesure que la compétition avance et que l’enjeu augmente, paradoxalement, le nombre de suiveurs des Bleus diminue. Ils étaient 5000 à avoir pris des places via la FFF contre le Sénégal lors du premier match et 3100 seulement contre la Suède en 16ès de finale, deux rencontres qui se sont pourtant jouées dans le même stade, au MetLife Stadium. Même constat à Philadelphie, où 3800 supporters des Bleus étaient présents pour France – Irak, en poule, contre 3000 pour le 8è de finale contre le Paraguay.
Pourquoi être rentré? “C’est la question que je me pose encore”, sourit Léa, venue réaliser son rêve avec sa petite sœur. Elles ont assisté aux quatre premières rencontres de la France. “C’était vraiment une question de prix, de budget. Autant depuis New-York (où elle s’est basée) c’était assez facile mais refaire le reste des déplacements aurait été plus compliqué. D’autant plus sur la demi-finale à Dallas. Ça rajoutait de grosses dépenses.” Membre de l’association des Baroudeurs du Sport, Léa s’en est bien sorti, entre tickets à prix réduits, bons plans pour les logements et billets d’avion accessibles : elle affirme avoir dépensé 1600 euros pour le voyage uniquement lié au foot, les autres dépenses ayant fait gonfler la note. Cette supportrice en garde un souvenir “ouffissime, une colonie de vacances, que ce soit au niveau des prix, de l’accès, de l’ambiance”.
“Je me suis régalé”
Nicolas, lui aussi, s’est régalé: “C’est bien organisé, il n’y a rien à redire, aucun problème logistique. Je pense que la presse est un peu excessive. Oui c’est cher, mais on le savait. Ça reste une Coupe du monde, le système américain. Ils ont fait des fan zones assez impressionnantes, il y a des contraintes mais que je trouve plutôt bien organisées. Il y a plutôt une bonne ambiance. C’est sûr que ça ne transpire pas le football dans la rue, on est plus sur un défilé de maillots de gens issus d’autres origines mais je trouve que c’est quand même bien fait.” Un retour très positif donc, mais l’expérience s’est arrêtée après la phase de poules. “Financièrement je devais rentrer », lâche-t-il. « J’en ai eu pour 7 000 euros avec les dépenses sur place. Les congés, le boulot, les finances… Je pouvais rester mais je me mettais dans une situation indélicate et ce n’était pas l’objectif. Je n’ai pas assez de congés, j’aurais dû prendre du sans solde ça aurait été compliqué. Je devais faire la Coupe du monde en entier mais quand j’ai demandé un mois et demi, ça a commencé à tiquer.”
Il explique qu’un ami s’est endetté auprès d’une banque et de ses parents pour vivre l’aventure. Des sacrifices importants, bien supérieurs à ce que demandaient les dernières compétitions au niveau des prix. Ici, il faut souvent les multiplier par deux par rapport à la Coupe du Monde au Qatar. Et s’il est difficile d’avoir des estimations exactes, nos interlocuteurs disent que ceux qui feront toute la compétition sur place se comptent sur les doigts des deux mains, au mieux. Pour cela, un Français nous expliquait avoir un budget de… 15000 euros!
Budget de 15000 euros
“Il fallait rentrer avec le corps aussi, la fatigue, j’ai vu trois matchs parfaits, je me suis régalé, c’est top”, sourit Nicolas. “J’avais fait l’Euro en Allemagne du dernier match poule jusqu’à la demi-finale. En Russie, en 2018, j’avais tout fait mais c’était plus simple avec mon employeur. Ça avait duré moins longtemps.” Ces supporters rentrent donc avec regrets mais sans trop de choix. “C’est le coût et les congés, tout simplement », souffle le président d’un groupe de supporters, alors que la compétition dure plus de cinq semaines. Chez les Irrésistibles Français, il y avait une centaine de membres en moins lors de la dernière rencontre. “Et ça va descendre de match en match, ça devient trop cher”, nous glisse-t-on. Ces groupes de supporters ont certes eu des billets à 52 euros, mais il n’y en a qu’entre 500 et 600, à chaque match. Pour le reste, les prix grimpent à partir des quarts de finale: il faut dépenser au moins 600 euros pour assister au match contre le Maroc et 800 euros au tour suivant si les Bleus se qualifient…
Des Bleus en force en cas de finale?
Forcément, cela se ressent en tribune, où les personnes en maillot Bleu sont de plus en plus étrangères, même si la France peut aussi compter sur une forte communauté d’expatriés parfois près à mettre un beau billet pour voir jouer la France. Mais attention, le nombre de fan pourrait monter en flèche à New-York le 19 juillet. “Beaucoup ont prévu de revenir en cas de finale”, affirme un responsable d’association. C’est le cas de Nicolas. “J’ai déjà mon billet pour la finale mais pas le billet d’avion”, avoue celui qui aimerait tant retrouver les amis qu’il s’est fait en suivant les Bleus. “On fait tout pour revenir en cas de finale”, assure de son côté Léa, qui a du mal à descendre de son nuage. En cas de finale, un grand vague bleu pourrait bien envahir New-York.





