Une ingérence politique de Donald Trump? Ce que dit le règlement sur l’affaire la suspense de Balogun

En annulant la suspension du buteur de Team USA Folarin Balogun après un coup de téléphone de Donald Trump, la Fifa a déclenché un séisme dans sa Coupe du monde. Cette décision polémique était-elle réglementaire ? Quid de l’ingérence politique ? Voici quelques éléments de réponse.
La Coupe du mone 2026 tient son scandale: contrarié par la suspension de l’attaquant des Etats-Unis Folarin Balogun pour le huitième de finale lundi contre la Belgique dans la nuit de lundi à mardi, Donald Trump a appelé le président de la Fifa Gianni Infantino, et le joueur a finalement été autorisé à jouer. Une première dans l’histoire de la Coupe du monde depuis 1962. “En vertu de l’article 27 (…), l’application de la suspension automatique d’un match infligée au joueur américain Folarin Balogun est suspendue pour une période probatoire d’un an”, indique l’instance internationale. Le buteur de Team USA ne purgera donc son match de suspension que s’il commet une nouvelle infraction de même nature lors des 12 prochains mois. En attendant, il pourra être aligné face aux Diables Rouges.
Une clause de l’article 27 “offre” un droit de véto sur les décisions arbitrales
Dans son code discipline, cet article 27 stipule que la commission judiciaire de la Fifa a le pouvoir de “suspendre totalement ou partiellement l’application d’une mesure disciplinaire”, une clause qui lui confère, en substance, un droit de véto sur les décisions arbitrales. Cet article 27 a déjà été activé, notamment récemment au sujet de Cristiano Ronaldo. La star portugaise avait initialement écopé de trois matchs de suspension après son carton rouge reçu face à l’Irlande en match de qualifications pour la Coupe du monde. Sa sanction a été réduite à un match ferme que CR7 avait pu purger lors d’un autre match de qualification. Une décision qui lui a permis de ne pas être suspendu en phase finale de Coupe du monde. Sauf qu’elle n’était pas consécutive à un coup de téléphone de Donald Trump, ni du gouvernement portugais…
Trump en 2018 : “Je n’ai pas peur de l’ingérence politique. Personne ne peut racheter la FIFA”
Dans l’affaire Balogun qui suscite un immense tollé, notamment dans le camp belge, s’agit-il vraiment d’une ingérence ? Deux sources proches du dossier ont confirmé dimanche à l’AFP que le président américain, qui vante de longue date son amitié avec le patron du football mondial, l’avait appelé mercredi pour demander le réexamen de la suspension de l’attaquant, quelques heures à peine après le 16e de finale contre la Bosnie-Herzégovine lors duquel Balogun avait été exclu. L’annonce, surréelle, est tombée dimanche par un communiqué de la Fifa. “Merci à la Fifa d’avoir fait ce qu’il fallait et d’avoir réparé une grande injustice !”, a réagi quelques minutes après le président américain sur sa plateforme Truth Social.
L’affaire du carton rouge avait dès jeudi pris un tour politique, quand le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, s’était lamenté de l’exclusion de Balogun en des termes peu diplomatiques. Les Etats-Unis “se sont fait entuber avec ce carton rouge”, avait déclaré le secrétaire d’Etat lors d’une discussion informelle avec la presse. “Il faudrait une procédure d’appel pour ça. C’est probablement trop tard pour ça, n’est-ce pas?” Depuis, l’affaire a viré au scandale, réveillant de vieux souvenirs d’autres ingérences politiques dans le plus grand tournoi de foot du monde.
“Je n’ai pas peur de l’ingérence politique. Personne ne peut racheter la FIFA”, clamait Donald Trump en 2018 lorsque le continent nord-américain avait obtenu l’organisation du Mondial 2026 face au Maroc. Alors que les liens très étroits entre Gianni Infantino et le président américains sont très critiqués, à l’image du Prix de la Paix de la Fifa remis à Trump lors du tirage au sort, la Fifa a souvent rappelé au Fédération qu’elle était très sensible aux questions d’ingérence politique.
La Fifa a déjà suspendu des Fédérations pour ingérence politique
“En 2010, après que le fiasco de Knysna en Afrique du Sud était devenu une affaire d’Etat en France que le président de la FFF Jean-Pierre Escalette était poussé à la démission par certaines personnalités politiques, Jérôme Valcke, ex-secrétaire d’Etat de la Fifa avait mis en garde la FFF. “Si on considère qu’il y a ingérence politique, on réagira, comme on le ferait dans n’importe quel pays du monde. Dans le monde du football et le monde du sport en général, avec le CIO, on se bat pour garder notre autonomie, parce qu’on sait comment gérer le football.”
Il y a déjà eu des menaces, mais aussi des sanctions. Plusieurs fédérations ont déjà été suspendues, à l’image du Koweït en 2015. Très récemment, le 6 février 2025, la Fifa annonçait la suspension (levée depuis) du Congo-Brazzaville au motif de “l’ingérence de tierces parties dans les affaires de la Fédération congolaise de football (Fecofoot).” La cible, le pouvoir politique.
Sepp Blatter, prédécesseur de Gianni Infantino à la tête de la Fifa, déclarait en 2015 : “C’est un message clair: la FIFA agit en cas d’ingérence politique, quel que soit le type d’intervention ou la taille du pays. S’il s’avère qu’il y a vraiment une intervention, nous aiderons la fédération. Si le problème ne peut être résolu par la discussion, la seule solution sera de suspendre la fédération.”
L’ancien patron du football mondial s’est fendu d’un message clair ce lundi : “Les cartons rouges ne sont pas annulés par des appels téléphoniques politiques. Ils sont annulés par des règles, des preuves et des organismes indépendants. Si un président des États-Unis intervient auprès du président de la FIFA — et qu’un joueur est soudainement blanchi avant un match à élimination directe de la Coupe du Monde — la question est inévitable : Quo vadis, FIFA ? Le football ne doit jamais devenir un terrain de jeu pour le pouvoir politique.”
Un précédent avec Garrincha lors du Mondial 1962
La Fifa n’est pourtant pas exempte de tout reproche. Le cas Balogun n’est pas une première. Lors de la Coupe du monde 1962, l’attaquant brésilien Garrincha, pourtant suspendu pour la finale après avoir reçu un carton rouge en demi-finale pour un coup de pied contre un joueur chilien, avait pu jouer face à la feu-Tchécoslovaquie après des pressions de l’ancien Premier ministre brésilien Tancredo Neves auprès de la Fifa pour faire annuler le match de suspension.
Alors que le scandale Balogun ne fait que commencer, la Fédération américaine pourrait-elle être, elle aussi sanctionnée, si l’ingérence politique était avérée ? Nous n’en sommes pas là et en attendant, cette décision de la Fifa a été saluée par Team USA. “C’est une décision juste car il n’aurait pas dû y avoir carton rouge”, a réagi le sélectionneur argentin de l’équipe, Mauricio Pochettino. “Nous ne sommes pas les victimes, mais nous ne sommes pas non plus les méchants dans cette affaire.”
A voir si le fait d’être au coeur du premier scandale de cette Coupe du monde affectera, lundi, la prestation de Balogun, qui avait été exclu pour avoir marché sur une jambe du défenseur bosnien Tarik Muharemovic à la réception d’un saut. Vendredi, l’attaquant de Monaco avait expliqué aux journalistes que ce carton rouge était quelque chose qu’il devait “juste accepter”.
Donald Trump s’était fait très discret depuis le début de cette Coupe du monde. Il s’était fendu d’un appel à Team USA pour l’encourager avant son entrée dans la compétition mais n’a assisté à aucun match. Il est cependant prévu qu’il remette avec Gianni Infantino le trophée au vainqueur de la finale le 19 juillet.





