revenus, records, médailles… A quoi sert vraiment la “petite finale” de la Coupe du monde?

Décriée, la petite finale de la Coupe du monde, qui se jouera entre la France et l’Angleterre samedi (23h) à Miami, reste pourtant une tradition bien ancrée par la Fifa qui y trouve plusieurs sources d’intérêt. Certains joueurs aussi.
À en croire Thomas Tuchel, les joueurs de l’équipe de France affronteront une équipe d’Angleterre un brin démobilisée, samedi (23h) dans la “petite finale” de la Coupe du monde. “Aucun de nos joueurs ni aucun des joueurs français ne souhaite disputer ce match. Ils veulent jouer la finale”, a lancé le sélectionneur après la défaite de son équipe contre l’Argentine (2-1), mercredi. L’état d’esprit de l’Allemand illustre les interrogations sur l’intérêt de ce match entre perdants, abattus d’avoir vu leur rêve de titre s’envoler quelques jours plus tôt. Malgré cela, la FIFA maintient la tradition intacte depuis son instauration en 1934, lors du deuxième Mondial de l’histoire. Depuis, seule l’édition 1950, disputée sous le format d’une poule unique, y a échappé. Et si le championnat d’Europe a abandonné cette petite finale en 1980, la fédération internationale la défend pour des raisons pas seulement sportives.
Des revenus supplémentaires pour les diffuseurs…
Après l’orgie de matchs proposée par ce format élargi à 48 équipes, le calendrier s’est inévitablement dispersé depuis la fin des quarts de finale. Cette “petite finale” comble un petit trou dans le calendrier en servant d’amuse-bouche à la grande finale, prévue dimanche (21h) entre l’Espagne et l’Argentine. Elle permet surtout à la FIFA de générer des revenus supplémentaires, mais aussi au stade hôte (ici le Hard Rock Stadium de Miami) avec la billetterie. C’est aussi un gage d’une belle audience pour les diffuseurs. Malgré le coup d’envoi tardif, M6 – qui a acquis 54 matchs sur 104 contre 120 millions d’euros selon les échos – devrait signer un gros score et générer d’intéressants revenus publicitaires. L’audience n’aura évidemment rien à voir avec ce qu’elle aurait pu attendre en cas de présence des Bleus en finale. Mais l’affiche Espagne-Argentine réunira vraisemblablement beaucoup de monde aussi.
… et la sélection qui termine troisième
Cette petite finale a aussi un intérêt financier pour les fédérations puisque le vainqueur de ce match reçoit deux millions de dollars (1,75 million d’euros) de plus que l’équipe quatrième pour un total de 29 millions de dollars (25,3 millions d’euros), contre 27 millions (23,6 millions d’euros). Pas négligeable pour la Fédération française de football qui avait estimé le coût de ce Mondial à 24 millions d’euros. Elle visait a minima une qualification pour le dernier carré afin d’entrer dans ses frais pour cette compétition ultra-coûteuse. Un petit bonus serait donc le bienvenu même si le gâteau était évidemment bien plus appétissant en finale (28,9 millions d’euros pour le finaliste et 43,7 pour le vainqueur).
Une médaille de bronze comme aux JO
La FIFA l’appelle la “finale pour le bronze” pour une bonne raison: elle remet une médaille aux joueurs de l’équipe victorieuse lors d’une petite cérémonie protocolaire. En 2022, la Croatie avait bien fêté sa victoire contre le Maroc (2-1). La Coupe du monde s’est ainsi calquée sur le modèle des Jeux olympiques, créés bien plus tôt (1896), et ses récompenses pour les trois premiers. À une différence près, les trois premières équipes du Mondial ne posent pas sur un podium commun.
Un intérêt pour le classement FIFA et les qualifications
Ce match pour la troisième place a aussi un intérêt pour le classement FIFA. Il rapporte plus de points qu’un match amical et peut permettre de grappiller ou de maintenir une position sur l’échelle mondiale qui détermine les positions en Ligue des nations et le tirage au sort des qualifications à la Coupe du monde.
Une récompense pour les remplaçants
Daniel Riolo fait partie des grands sceptiques autour de ce match. Il n’y voit qu’un intérêt: celui s’offrir du temps de jeu aux joueurs très peu utilisés pendant la compétition. “Je veux sur le terrain Akliouche, Cherki, Lacroix, Konaté, Gusto, Théo Hernandez ou Digne. Au milieu, tu mets Kanté, Zaïre-Emery et devant Mateta et Thuram s’il peut jouer. Tu dois récompenser ceux qui ont été dans le groupe et qui n’ont pas joué jusque-là. Tu dois terminer avec les remplaçants. En 1982 et 1986, on avait fait ça et c’était très bien.” Didier Deschamps a, lui, joué sur la fibre nationale pour remobiliser ses troupes en les invitant à “honorer le maillot” pour sa dernière sur le banc.
Une source de records
Cette petite finale est aussi l’occasion de s’offrir des récompenses individuelles. Kylian Mbappé peut profiter de ce match pour s’offrir un deuxième titre consécutif de meilleur buteur en Coupe du monde. Avec huit buts, l’attaquant a le même total que Lionel Messi qui le devance au nombre de passes décisives. Il aura l’ambition de repasser devant l’Argentin. Côté anglais, Harry Kane et Jude Bellingham (6 buts chacun) peuvent aussi prétendre à ce trophée de meilleur buteur même s’ils partent de plus loin. En 1958, Just Fontaine avait profité de ce match de classement pour signer le record de buts (13) dans le Mondial avec un quadruplé contre l’Allemagne de l’Ouest (6-3).
Plusieurs meilleurs buteurs ont profité de ce match de classement pour gonfler leur total comme Eusébio (1966), Salvatore ‘Toto’ Schillaci (1990), Davor Suker (1998) et Thomas Müller (2010). En 2002, le Turc Hakan Sukur a inscrit le but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde (11 secondes) lors de la petite finale remportée face à la Corée du Sud (3-2).





