pour les clubs français, un bilan record... et inquiétant ? - FlaNotícias
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pour les clubs français, un bilan record… et inquiétant ?



Le marché des transferts s’est terminé ce mardi 1er septembre en France. Ce mercato estival 2026 aura surtout été marqué par les ventes qui, selon le site spécialisé Transfermarkt, ont généré 1,3 milliard d’euros de revenus pour les clubs de Ligue 1. Mais comment expliquer ce chiffre record? Christophe Lepetit, directeur des études économiques au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) a répondu aux questions de RMC Sport.

Christophe Lepetit, il y a eu 1,3 milliard d’euros de ventes en Ligue 1 cet été. Comment expliquer que les clubs français ont vendu autant ?

Tous les clubs français ont l’énorme nécessité de vendre. Parce que les droits TV se sont effondrés et qu’il faut bien trouver une alternative avant d’aller éventuellement toquer à la porte des actionnaires des clubs pour remettre un petit peu d’argent au pot si nécessaire. Quand je dis tous les clubs, c’est y compris des clubs qu’on voit traditionnellement plutôt actifs à l’achat, comme Monaco, l’Olympique Lyonnais et l’Olympique de Marseille.

Et le deuxième élément qui vient aussi jouer en faveur de ces indemnités de transfert record, c’est la position du Paris Saint-Germain, qui a en partie renouvelé son effectif, mais qui a fait deux énormes ventes avec Bradley Barcola (125 millions à Liverpool) et Ibrahim Mbaye (55 millions à Aston Villa). Ce qui pèse aussi assez lourd au niveau des agrégats de la Ligue 1.

>>> Revivez la dernière journée du mercato estival en Ligue 1

Sur le PSG justement, le club de la capitale n’avait jamais vendu autant que cet été (environ 350 millions d’euros). Pourquoi toutes ces ventes lors de ce mercato ? 

Déjà, on est dans une gestion d’effectif. Ça fait deux ans de suite que le Paris Saint-Germain gagne à peu près tous les trophées qui se présentent à lui, dont la Ligue des champions. Donc, il y a premièrement un peu de renouvellement d’effectif qui s’opère. Et puis, la stratégie sportive a un petit peu changé. Auparavant, le PSG avait toujours du mal à céder ses joueurs, notamment parce qu’il y avait des conditions salariales qui étaient difficilement atteignables pour les clubs qui souhaitaient éventuellement recruter des joueurs du Paris Saint-Germain. Et aujourd’hui, on voit que ce qui a été érigé comme un principe reste vrai: aucun joueur n’est plus grand que l’institution. Les portes ne sont fermées pour personne, y compris pour un joueur comme Bradley Barcola, qui a eu une grosse importance dans la rotation du Paris Saint-Germain, mais qui représentait une valeur marchande certaine sur le marché.

Ces transferts élevés s’expliquent aussi par les résultats du club. Quand on gagne la Ligue des champions, les valorisations de joueurs qui participent à ces conquêtes sont renforcées. Et c’est par exemple le cas d’un Bradley Barcola, qui a activement participé aux deux victoires de la Ligue des champions.

Il y a eu deux ventes records vers l’Angleterre: Ayyoub Bouaddi (100 millions d’euros de Lille à Manchester City) et Barcola. Comment expliquer que les clubs anglais donnent d’énormes indemnités de transfert à des clubs français en sachant qu’il y a pourtant une agonie sur le marché financier en Ligue 1 ?

Ils sont quand même encore assis sur des revenus extrêmement importants. Et certains clubs anglais ont été rachetés par des investisseurs qui sont dans des logiques de recomposition ou de composition d’effectifs et donc qui investissent beaucoup. Certains clubs anglais ont aussi eu de nouveaux managers. Tout ça fait qu’ils ont peut-être été plus que jamais demandeurs de talents sportifs sur ce mercato. 

Ensuite, ces clubs de Premier League se sont concurrencés eux-mêmes. Ce qui s’est passé autour de Malick Fofana lors de cette dernière journée de mercato est assez intéressant. Vous avez Sunderland et Crystal Palace, deux clubs anglais, qui la même journée, se mettent à surenchérir sur Malick Fofana. Les clubs français ont probablement su jouer un petit peu de cette concurrence-là sur un marché très acheteur. L’Angleterre continue d’être un aspirateur et continue à miser extrêmement fort sur des joueurs qui ne vont peut-être pas tous réussir et qui reviendront peut-être en Ligue 1, à l’image de Jean-Clair Todibo revenu à Lens.

Vous l’avez aussi esquissé : Marseille, Monaco, Lyon, des clubs huppés du championnat français sont en difficulté financière, obligés de vendre. Il y a quand même la question de se dire, est-ce que c’est viable sur le long terme ?

Pour l’OM, Monaco et l’OL, on a des raisons diverses. Ce sont des clubs qui ont été sanctionnés soit par la DNCG et/ou par l’UEFA dans le cadre des règles de soutenabilité financière. Ils ont besoin de réaliser une cure d’austérité financière à des degrés divers. On a la cure extrêmement forte du côté de l’Olympique de Marseille qui n’a enregistré que des ventes et aucune arrivée. Alors que Monaco et l’OL ont quand même un petit peu bougé. Mais ce sont des clubs qui ont connu une transition dans leurs équipes dirigeantes, voire une transition dans leur actionnariat pour l’Olympique Lyonnais.

Est-ce que c’est viable? Pour Lyon et Marseille, c’est une façon de rétablir les équilibres financiers. Ça avait été entamé pour l’Olympique Lyonnais la saison dernière. Ça se poursuit cette année. L’Olympique de Marseille débute lui aussi finalement cette correction de son effectif et de ses finances. Il faudra voir s’il arrive à rétablir l’ensemble, tout en conservant un niveau sportif important qui lui permette bien sûr de jouer les premiers rôles. Alors, évidemment, pas le titre en Ligue 1, mais de jouer une qualification européenne.

On a pu voir par le passé qu’il y avait des équipes qui s’étaient qualifiées sans avoir la qualité sur le papier des effectifs habituels de l’Olympique de Marseille. Je crois qu’il y avait eu quand même quelques recrues à l’arrivée, mais sous Elie Baup, malgré peu de recrues, il y avait eu une très belle saison.

On a aussi vu des clubs sous multipropriétés: Troyes, Lorient et dans une moindre mesure Strasbourg, qui eux aussi ont dû se serrer la ceinture. Ça peut paraître étonnant, non ?

Quand vous êtes actionnaire, vous n’avez pas forcément l’envie impérieuse d’injecter systématiquement et sans discontinuité, énormément de capitaux. Vous êtes aussi dans la réalisation d’opérations de transferts, notamment intra-groupe avec cette logique d’en faire progresser les meilleurs éléments vers le vaisseau amiral. Et les vaisseaux amiraux sont: Chelsea pour Strasbourg, probablement Bournemouth pour Lorient et Manchester City avec Troyes.

Strasbourg a quand même été très actif, en partie sur la dernière ligne droite du mercato. On a aussi des joueurs qui arrivent du côté de Strasbourg avec un effectif qui se régénère et un nouveau manager. Donc, ça ne veut pas dire que c’est un signe que les propriétaires se désengagent et qu’ils n’ont pas envie d’injecter de revenus. C’est peut-être le signe qu’ils veulent en injecter, mais à des niveaux qu’ils ont eux-mêmes prévus.

C’est-à-dire que les personnes à la tête des multipropriétés prennent en compte que la Ligue 1 ne va pas générer autant de revenus qu’avant ?

Bien sûr. De toute façon, cette année, on aura uniquement le rendement de Ligue 1+. Alors que l’année dernière, il y avait encore un petit reliquat de DAZN et des droits TV de BeIN Sports. Ce manque à gagner, il faut pouvoir le combler. Sauf à considérer que l’actionnaire fait un choix actionnarial de dire : “On ne comble pas, on maintient tout au niveau où l’on est, notamment la masse salariale des joueurs et à la fin de la saison, c’est moi qui ferai un chèque.” Il y a des logiques de gestion. C’est-à-dire que ces actionnaires-là, que ce soit dans le cadre de multipropriétés ou pas, ils sont dans une logique de: combien est-ce que je veux injecter au maximum?

Si je fixe un maximum d’injections ou si j’ai un maximum d’injections qui s’impose par les règles de régulation de la DNCG ou de soutenabilité financière, il faut pouvoir générer des revenus organiques supplémentaires. Mais bon, là, les marges de progression ne sont pas non plus énormissimes. On a déjà des stades relativement pleins et les recettes commerciales ne peuvent pas doubler d’un seul coup. Donc finalement, la variable qui reste et sur laquelle les clubs peuvent vraiment jouer, ce sont les transferts de joueurs. Et c’est là qu’effectivement, ils sont aujourd’hui contraints, probablement plus qu’hier, de vendre plus vite leurs meilleurs jeunes éléments qui sont sortis de leur centre de formation ou qu’ils ont post-formés. Ils sont beaucoup plus vite à l’écoute du marché des transferts. Et ils sont aussi beaucoup moins actifs au recrutement parce qu’ils n’ont pas la capacité de pouvoir décaisser des salaires et amortir des transferts très onéreux.



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