comment Zidane va devoir réinventer son image médiatique à la tête de l’équipe de France

Calme, réservé, immensément charismatique. Au fil des années, Zinédine Zidane a construit son image d’icône auprès des Français, non pas avec une omniprésence sur la scène médiatique mais plutôt en construisant un mythe. Journalistes et experts de communication analysent pour RMC Sport les enjeux liés à son retour sur le devant de la scène médiatique.
Mardi matin, à 11 heures, Zinédine Zidane s’exprimera pour la première fois devant les médias en tant que sélectionneur des Bleus. 20 ans que le Ballon d’or 1998 ne s’était pas installé derrière un pupitre de conférence de presse représentant la France.
Tous les yeux seront rivés sur lui, mais pour François Manardo, ancien chef de presse des Bleus et consultant en communication, il aura peu de pression: “Quand tu as une attente très, très forte, tu n’es pas sur la quantité, tu es sur la qualité. Le jour où il te parle, tu seras heureux qu’il te parle. Tout va être facilité.”
En clair, l’attente est tellement élevée, l’arrivée de Zidane prévue depuis tellement longtemps qu’il devrait avoir auprès des journalistes et des observateurs un crédit bien plus important que ses prédécesseurs. “Je te le dis les yeux fermés, il va mettre tout le monde d’accord”, conclut François Manardo.
Attendu comme le Messie
Reste que cela faisait longtemps qu’une prise de parole sportive n’avait pas été aussi attendue. Pour Tristan Molineri, agent d’images de nombreux footballeurs en activité tels que Mathys Tel, Lenny Yoro ou Facundo Medina, “ZZ” prend un petit risque en quittant sa bulle et en revenant en France: “Il arrive avec un capital sympathie exceptionnel, une énorme adhésion avant même un premier match. Mais aussi beaucoup d’attente, son passage au Real a renforcé l’image d’un leader calme, élégant et protecteur, mais aussi la sévérité des observateurs.”
En revenant en France, Zidane se remet en quelque sorte en danger. Il prend le risque d’écorner son image de machine à gagner, qui réussit où qu’il passe. Il sera sur le devant de la scène, devant son pays, avec des questions qui dépasseront sans doute parfois le cadre du foot. Avant lui, Didier Deschamps a souvent dû s’exprimer sur les prises de position politiques et sociétales de ses joueurs notamment. Et dans cette année d’élections présidentielles, il ne devrait pas y échapper. “Je fais confiance à Zidane pour conserver une forme de distance, il ne va pas s’exprimer tous azimuts”, explique Tristan Molineri. “Il conservera une forme de discrétion. Au Real Madrid, de mémoire il avait réussi à rester très centré sur le terrain. Sur ce genre de sujets, je pense qu’il essaiera de botter en touche.”
Rodé à l’exercice de la communication
Et le nouveau sélectionneur des Bleus ne débarque pas sans la moindre expérience du monde médiatique. À Madrid, il a entraîné et amené aux sommets le meilleur club du monde et a été confronté à une pression importante, sans doute plus prenante que ce qu’il va découvrir à la FFF. Pour François Manardo, ça ne sera en rien comparable avec la lessiveuse qu’est la Maison Blanche: “Ça n’a rien à voir avec le rythme qu’il avait là-bas. Les Bleus sont très suivis médiatiquement, il va y avoir une frénésie entre le moment de la présentation et le premier match, c’est tout. Il a entraîné le Real pendant trois saisons quand même. Ce n’est pas le même monde.”
Chez les Merengue, il devait parfois animer quatre conférences de presse par semaine, un exercice qu’il n’apprécie guère. Florentino Perez, le président du Real Madrid étant discret dans les médias à l’époque, et sans porte-parole officiel, il n’y avait que Zidane pour s’exprimer: “Il n’a jamais aimé parler aux médias”, explique Carlos Forjanes, journaliste suiveur du Real pour le journal AS. “C’est une situation dans laquelle il est inconfortable, mais comme il s’en est bien sorti sportivement à Madrid, il a survécu. Il a dû passer beaucoup de temps à répondre à des questions liées à l’institution, et sa difficulté et son mal-être s’accentuaient, c’était très notable. C’était une relation correcte. Mais il s’éloignait complètement de la communication, il n’y avait pas d’intérêt.”
Les journalistes espagnols témoignent que le champion du monde et d’Europe avec les Bleus s’agaçait lorsqu’il jugeait les questions trop négatives, ou que les suiveurs grossissaient le trait. Comme en 2021, quand au milieu de la saison, on lui posait des questions sur son avenir: “Dès qu’on perd ou qu’on fait match nul, je dois partir”, s’était alors étonné Zidane. “Je ne suis pas content, et je suis même très énervé, parce que je pense que je ne mérite pas un tel traitement.”
Détaché et précautionneux
Malgré ces rares écarts, Zinédine Zidane s’est souvent distingué par son calme et son détachement. Bon communicant, mais d’une manière différente des autres. Il ne cherche pas à être spectaculaire, à donner la petite phrase aux journalistes, sa parole est tournée vers le collectif. “Je n’ai jamais vu Zidane nerveux et c’est un vrai mérite”, explique le journaliste espagnol Sergio Lopez. “C’est une personne très tranquille, très formelle, très élégante. Avec des réponses brèves bien sûr mais sans impolitesses, sans affrontements. C’est un homme de glace, à l’intérieur comme à l’intérieur.”
Cette froideur, Zizou l’a cultivée pendant toutes ses années à l’étranger. Loin du public français, loin des médias et des critiques également. Mardi, il entame un nouveau cycle de sa vie, en France, à la tête d’une sélection ultra-médiatique, qui dispose d’une grosse caisse de résonance. Au-delà de la pression sportive, avec l’objectif de ramener un nouveau titre majeur aux Bleus, peut-être dès l’Euro 2028, il sait déjà que ses mots seront scrutés.





