“J’entendais des larmes”, l’immense émotion de Modric, “incapable de répondre” lorsqu’il a appris qu’il était Ballon d’or en 2018
Invité de l’After Foot mercredi sur RMC, Pascal Ferré, l’ancien patron de France Football, a dévoilé les coulisses de son échange émouvant avec Luka Modric au moment de lui annoncer par téléphone sa victoire au Ballon d’or 2018.
Il a longtemps été porteur de la grande nouvelle. En tant que directeur de la rédaction du magazine France Football, qui a créé le Ballon d’or en 1956, Pascal Ferré a pendant des années prévenu les vainqueurs du prestigieux trophée individuel. Invité de l’After Foot mercredi sur RMC, l’ex-journaliste sportif, qui vient de sortir un livre intitulé “La face cachée du Ballon d’or” chez Albin Michel, est notamment revenu sur l’édition 2018 et le sacre de Luka Modric. Après avoir remporté la Ligue des champions avec le Real Madrid et atteint la finale de la Coupe du monde avec la Croatie (défaite 4-2 contre l’équipe de France), le meneur de jeu a été préféré à ses concurrents chez les Bleus: Antoine Griezmann, Raphaël Varane ou Kylian Mbappé.
“Il y a la liste des nommés qui intervient généralement un mois et demi-deux mois avant la révélation et il y a quatre ou cinq favoris qui peuvent se dégager”, se rappelle Pascal Ferré. “Je vais les voir pour leur dire: ‘Voilà ce qui va se passer si tu gagnes’. Je t’appellerai aux alentours de cette date et il faudra être hyper réactif pour se dégager du temps et faire l’entretien de France Football. Je l’avais notamment fait pour Modric, mais aussi pour Griezmann, qui avait pris cette visite comme une préparation à une probable victoire. Ce qui peut se comprendre.”
“J’ai été saisi d’émotion”
Deux semaines avant la remise du trophée, le patron de France Football contacte Luka Modric par téléphone pour lui annoncer sa victoire”: Quand je l’ai appelé, il n’a pas répondu. C’est lui qui m’a rappelé cinq-six minutes plus tard. Et je lui ai annoncé officiellement qu’il avait gagné. Je lui ai dit: ‘Bienvenue dans la grande famille du Ballon d’or’. Et là, il n’y avait plus personne au bout du fil… J’avais même l’impression que la ligne avait coupé. Il y a eu un silence émouvant, j’entendais des larmes. Il s’est repris, en demandant est-ce que c’était bien vrai (…) Je lui ai dit: ‘Tu n’en parles pas’. Il m’a demandé: ‘Est-ce que je peux le dire juste à ma femme?’ Même si je lui avais dit non, je pense qu’il l’aurait fait (sourire).”
“Quelques jours plus tard, je vais le voir à Madrid”, complète Pascal Ferré. “On reparle de ce fameux coup de fil et il me dit: ‘Il faut que je te fasse une confidence: le jour où tu m’as appelé pour me l’annoncer et que je n’ai pas répondu, ce n’est pas que j’étais occupé, c’est que j’ai vu ton numéro s’afficher et je savais ce que tu allais me dire. J’ai été saisi d’émotion et incapable de te répondre. Il m’a fallu quelques minutes pour réaliser et c’est à ce moment-là que je t’ai rappelé.”
“Dans un format classique, Ribéry aurait été Ballon d’or”
Au-delà des beaux moments avec les vainqueurs du Ballon d’or, l’ex-dirigeant de “France Foot” a aussi dû composer avec la frustration des perdants qui s’imaginaient remporter le trophée. Ça a été nomment le cas en 2013 avec Franck Ribéry. Auteur d’une saison éblouissante au Bayern Munich, le dynamiteur français a finalement terminé troisième derrière Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Un échec qu’il a très mal digéré.
Selon Pascal Ferré, c’est le mode de scrutin adopté à cette période qui a empêché le couronnement de Franck Ribéry: “C’est un peu particulier parce qu’à l’époque, il y avait trois collèges de votants: des journalistes, les sélectionneurs et les capitaines. Ribéry est arrivé largement en tête chez les journalistes. Ce qui a causé sa défaite, ce sont à la fois les votes des sélectionneurs et des capitaines. Dans un format classique, il aurait été Ballon d’or”.






