Face au racisme, Mbappé fait le boulot (presque) tout seul (l’oeil de l’expert en com’)

Cédric Landu est spécialiste en communication. Pour RMC Sport, il analyse la Coupe du monde 2026.
Kylian Mbappé vient de sortir l’équipe de France de son irénisme. Après avoir été insulté de façon délirante par une sénatrice paraguayenne, le capitaine français a répondu.
Une réaction qui tranche avec le ton feutré habituel des réactions officielles. Son message se découpe en trois parties.
Un, une attaque ad personam. Il s’en prend à elle pour ce qu’elle est (“vous êtes une femme méprisable”). Habituellement, en cas d’insultes, ce sont les propos tenus qui sont attaqués. Là, Mbappé entre dans la diplomatie de l’insulte initiée par la sénatrice : attaque personnelle contre attaque personnelle.
Deux, il dissocie les Paraguayens de la sénatrice. Même si cela m’a déplu compte tenu du comportement de la sélection sud-américaine, c’est malin parce qu’il évite la formation d’un réflexe patriotique autour de cette femme. Sous-entendu, “vous êtes un peuple formidable et à ce titre vous n’allez pas vous déshonorer en la soutenant”. C’est diviser pour mieux régner.
L’équipe de France est devenue le paillasson sur lequel les racistes du monde entier s’essuient les pieds
Trois, il se positionne de fait en héraut/héros (les deux fonctionnent) mondial de la lutte contre le racisme (“Je ne laisserai jamais aux gens comme elle, la liberté de laisser propager leur haine et leur racisme à travers le monde”). Il transforme l’offense raciste en opportunité pour devenir un symbole universel face à un mal planétaire. Dans le discours, c’est Captain America face à Red Hulk.
Cette réaction fait du bien parce que depuis 2022 et les manifestations racistes qui ont accompagné le triomphe argentin, l’équipe de France est devenue le paillasson sur lequel les racistes du monde entier s’essuient les pieds.
A chaque fois, la France a adopté la posture du bon élève. La FFF saisit la Fifa qui condamne et promet l’ouverture d’une enquête. Et c’est à peu près tout.
Avant le match contre le Paraguay, l’ancien gardien de but surcoté, José-Luis Chilavert, a comparé la France a une sélection africaine. Réaction molle du président Diallo : “s’il fut un grand gardien, aujourd’hui il a sombré”. S’il avait tweeté “c’est vilain”, ça aurait eu le même effet.
La vérité c’est que dans le contexte de libération de la parole raciste, la France est une cible sans défense. Nous ne faisons peur à personne. Pour reprendre la punchline de Macron lors de ses vœux aux forces armées, “pour être craint, il faut être puissant”.
Il n’y a pas de grandeur à se taire quand on est insulté pour ce qu’on est
Comment prétendre à la puissance quand on a même peur de nommer le réel ? Prenons un exemple récent. France-Paraguay n’a pas été une opposition de styles, comme je l’entends trop souvent.
C’était un match entre une équipe qui respectait les règles et une autre qui a passé plus de 90 minutes dans l’illégalité, du point de vue du jeu. Après le match, Deschamps a refusé de condamner les agissements de l’équipe sud-américaine sur le terrain. Disant même : “je ne vais pas critiquer le Paraguay, chacun joue comme il veut”. Et bien non Didier, chacun ne joue pas comme il veut : c’est pour cela qu’il y a des règles.
Cet irénisme généralisé nous fait du tort. Et la sortie de Mbappé devrait nous en sortir. A condition qu’il ne soit pas seul.
Les joueurs en activité, anciens joueurs, élus étrangers qui attaquent nos joueurs devraient systématiquement craindre un backlash de la part du football, du gouvernement et des médias français.
Il n’y a pas de grandeur à se taire quand on est insulté pour ce qu’on est. Dans un monde de prédateurs, on ne survit pas en étant une proie. Mbappé est le premier à l’avoir compris.





