“Omar Artan incarne une fierté nationale”, comment l’arbitre somalien refoulé de la Coupe du monde 2026 est devenu un symbole dans son pays

Près de deux mois après avoir été refusé du territoire américain pour la Coupe du monde 2026, ce qui avait provoqué le premier scandale du Mondial, l’arbitre somalien Omar Artan va diriger la Supercoupe d’Europe, ce mercredi. Une nomination historique et symbolique pour un homme qui a changé de dimension, malgré tout, dans son pays et sur son continent.
Une valise au bout de la main gauche, quelques photos avec des curieux à l’aéroport et un grand sourire. Ce lundi, Omar Artan a rejoint Salzbourg, en Autriche, où l’arbitre somalien dirigera l’un des matchs les plus prestigieux de sa carrière: la Supercoupe d’Europe entre le PSG et Aston Villa. Un symbole fort, annoncé tôt par l’UEFA, quelques jours après l’interdiction d’entrer aux États-Unis d’Omar Artan, officiellement soupçonné par les services américains d’être “associé à des membres présumés d’organisations terroristes”.
Le président de la Fifa Gianni Infantino avait parlé de situation “malheureuse” et l’instance qui régit le foot européen, en guerre contre la Fifa, a donc immédiatement choisi de le nommer pour cette Supercoupe. “Ce fut une période très difficile”, admet l’officiel sur le site de l’UEFA, qui a largement mis en avant son arrivée en Autriche. “Beaucoup de gens ont de la sympathie pour moi, parce que quand quelqu’un a travaillé de nombreuses années et est censé faire quelque chose, puis ne peut pas le faire, c’est très difficile. J’apprécie vraiment le soutien que j’ai reçu à travers le monde. Je suis tellement reconnaissant.”
Accueilli en héros, désigné sur plusieurs matchs
Après avoir été refoulé du territoire américain, l’arbitre de 34 ans a d’abord été reçu en héros dans son pays. Accueilli en grande pompe par le président de la Somalie, Hassan Sheikh Mohammud, il a été ovationné, comme s’il ramenait un trophée, par des milliers de Somaliens dans un stade de la capitale, Mogadiscio, où Omar Artan a paradé drapeau à la main et tenu un discours.
“Il a été accueilli en héros national. À son retour à Mogadiscio, des représentants du gouvernement, des membres de la Fédération somalienne de football et de simples citoyens se sont rassemblés à l’aéroport international Aden Adde pour l’accueillir”, témoigne à RMC Sport Mohamed Abdi Muudey, journaliste sportif somalien. “L’atmosphère était empreinte de fierté et de solidarité. Les Somaliens ont transformé cette déception en une célébration de son accomplissement. Pour la nation, ce n’était pas une perte, mais la preuve que la Somalie avait atteint les sommets du football mondial.”
Premier arbitre somalien à arbitrer une finale de Ligue des champions africaine, le premier également présent lors d’une Coupe d’Afrique des Nations, Artan aurait donc aussi dû marquer l’histoire par sa présence à la Coupe du monde. Mais celui qui a été élu meilleur arbitre masculin par la CAF, en 2025, a quand même hérité du statut de star qui fait la fierté des siens. “Il incarne la dignité, la résilience et l’espoir, pense Mohamed Abdi Muudey. Il est le symbole de la capacité de la Somalie à briser les barrières et à obtenir une reconnaissance internationale malgré les défis. Pour les jeunes Somaliens, il démontre que l’intégrité et le professionnalisme peuvent porter le nom du pays sur la scène mondiale. Il incarne une fierté nationale qui dépasse le cadre du football.”
L’arbitre de 34 ans a reçu du soutien du monde entier, gagné en notoriété. Après avoir arbitré une rencontre en Somalie, il a été invité par la fédération koweïtienne à arbitrer la finale de son championnat, fin juin. “Nous avons communiqué, parlé, il était tranquille”, nous glisse un interlocuteur qui le connaît. “Il a abordé le match qu’il a arbitré au Koweït avec un grand professionnalisme. Ne laissez pas la politique interférer dans le sport!” Le Somalien a aussi, récemment, dirigé une finale de Coupe au Rwanda.
“Son histoire est un tournant”
Ce malheureux épisode a en tout cas permis de mettre la lumière sur un pays, la Somalie, qui souffre de reconnaissance, entre autres choses, sur le plan sportif. “La Somalie a vu naître des athlètes célèbres, comme Abdi Bile Cabdi, médaillé d’or du 1500m aux Championnats du monde de 1987 à Rome, le premier Somalien à remporter un titre mondial en athlétisme. Pourtant, la notoriété de Artan est unique”, développe Mohamed Abdi Muudey.
“Sa reconnaissance dépasse le monde du sport pour toucher à l’identité nationale. En ce sens, il est sans doute plus célèbre que bien des athlètes, car il incarne le respect international envers la Somalie.” Avant de conclure: “Alors que les infrastructures sportives de la Somalie sont fragiles, je considère son histoire comme un tournant.” Avec l’espoir, pour l’arbitre, d’officier lors de la Coupe du monde 2030.





