TOUT COMPRENDRE. Fonctionnement, rôle du clan Trump, finances, opposition… Pourquoi le projet de “vente de la Coupe du monde” par Infantino et la Fifa fait polémique

Gianni Infantino et la Fifa ont confirmé mardi leur volonté de créer une filiale commerciale de l’instance afin d’en ouvrir le capital à des investisseurs privés. Une telle évolution constituerait un bouleversement majeur pour le football mondial et pourrait rapporter beaucoup d’argent. RMC Sport démêle le vrai du faux pour analyser ce projet qui fait déjà polémique.
Après avoir survécu à la crise de la Super League en avril 2021, le football se retrouve une nouvelle fois à un carrefour de son histoire. Organisme à but non lucratif depuis sa création, n’ayant pas vocation à engranger des bénéfices pour rémunérer des actionnaires, la Fifa a confirmé ce mardi vouloir créer une société commerciale (FFE) afin de mieux gérer le développement économique de ses compétitions et événements.
Dans la foulée, elle en vendrait une partie à des investisseurs privés triés sur le volet. Mais si l’instance mondiale et son président Gianni Infantino veulent en faire un moteur d’expansion pour le football, la presse a pointé du doigt de potentielles dérives autour de cette financiarisation de la Fifa.
• La Coupe du monde sera-t-elle vraiment en vente?
Les révélations du Times et du Financial Times autour du projet de la Fifa ont rapidement effrayé de nombreux fans et acteurs du monde du football en annonçant la future “vente de la Coupe du monde” avec cette société commerciale. Mais ce n’est pas tout à fait exact. Selon les mots de la Fifa, pressée de communiquer après les fuites médiatiques, il n’est pas dans les plans de vendre le Mondial à proprement parler.
“Conformément à son mandat, l’administration de la Fifa étudie la possibilité de regrouper les droits commerciaux de la Fifa – qui couvrent la diffusion, le sponsoring, la billetterie et les licences – avec les activités liées à l’organisation des compétitions de la Fifa, à travers la création de Fifa Forward Enterprise (FFE)”, a assuré l’organisation présidée par Gianni Infantino. “Un processus de consultation a été lancé à la suite de la réception d’une proposition visant à exploiter pleinement le potentiel des droits de diffusion et des contrats de sponsoring de la Fifa pour l’ensemble de son portefeuille de tournois de football masculin, féminin et de jeunes.”
Techniquement donc, ce sont bien toutes les activités commerciales de toutes les compétitions de la Fifa qui seront gérées par cette filiale FFE. En tant que tournoi majeur de l’instance dirigée par Gianni Infantino, la Coupe du monde sera évidemment concernée. Idem pour le Mondial des clubs et toutes les épreuves organisées sous l’égide de la Fifa chez les jeunes et chez les féminines. Reste aussi à savoir, une fois créée, ce que cette société commerciale décidera de faire en ce qui concerne, par exemple, le naming de ses compétitions, la vente de produits dérivés, la généralisation de pauses fraîcheur ou la vente de multiples espaces publicitaires pendant les matchs et compétitions.
• Combien ce projet pourrait-il rapporter à la Fifa et aux fédérations nationales?
Société à but non lucratif, la Fifa signe pourtant des recettes folles. Avant même la création de cette filiale commerciale (FFE), dans son rapport annuel fin 2025, l’instance tablait déjà sur des revenus de 14 milliards de dollars (12,3 milliards d’euros) pour le cycle 2027-2030 grâce, notamment, à la vente des droits TV et marketing de ses différentes compétitions. Mais après avoir été conseillée par la banque d’affaires JP Morgan pour sa stratégie et la recherche de partenaires, la Fifa pourrait toucher le pactole grâce à sa filiale commerciale dont la valorisation est estimée à 20 milliards de dollars (environ 17,5 milliards d’euros).
Une fois créée, une levée de fonds auprès de partenaires privés serait lancée pour vendre environ 20% de Fifa Forward Enterprise (FFE). L’arrivée d’un actionnaire minoritaire au capital permettrait à la Fifa de toucher immédiatement 4,2 milliards de dollars (environ 3,7 milliards d’euros).
Avec cet argent, la Fifa a prévu de mettre en place le Programme Fifa Fast Forward (FFFP) pour redistribuer les fonds aux 211 associations membres. Si l’instance assure que ce projet de développement comme un “mécanisme facultatif permettant aux associations membres de débloquer des fonds supplémentaires” avec un chèque immédiat et ponctuel “pouvant atteindre 20 millions de dollars”, la presse va plus loin ce mercredi. Comme révélé par le Times, Gianni Infantino a fait passer le message aux fédérations nationales que les partisans du projet recevront autour de 40 millions de dollars (35 millions d’euros) alors que les autres recevront beaucoup moins d’argent via le plan de développement.
• Quel est le rôle de Donald Trump et de son entourage?
Au-delà de la création puis de la vente de 20% de FFE, la Fifa se retrouve également au cœur d’une polémique à cause de l’opacité de son projet et du choix de ses partenaires financiers. Dans leur communiqué aux allures de déclaration d’intention, Gianni Infantino et l’instance mondiale ont confirmé que le fonds Thrive Eternal “prendrait la tête du groupe d’investisseurs”.
Derrière Thrive Eternal, entité appartenant à Thrive Capital, se trouve Joshua Kushner. En plus d’être connu pour ses activités dans le monde de la finance, l’homme d’affaires gravite autour de Donald Trump. Son frère aîné, Jared Kushner, est marié à la fille du président des États-Unis, Ivanka Trump. De la même manière, le père du patron de Thrive Capital est Charles Kushner, l’actuel ambassadeur des États-Unis en France.
Faute d’avoir véritablement expliqué le choix du futur partenaire économique de la Fifa, Gianni Infantino se retrouve une nouvelle fois accusé de collusion avec le clan Trump après avoir annoncé vouloir ouvrir le capital de la filiale de la Fifa à Thrive Capital. Le tout deux jours après l’envoi d’un courrier par un parlementaire démocrate demandant au président de la Fifa de répondre à une commission d’élus sur ses liens avec Donald Trump et son administration.
• Infantino va-t-il faire fortune grâce à la vente d’une partie de la Fifa?
Président de la Fifa jusqu’en 2027, Gianni Infantino sera candidat à sa propre succession. Sauf arrivée d’un candidat providentiel, ou énorme bouleversement à cause de cette filiale commerciale, le dirigeant suisse sera réélu sans problème à la tête de l’instance. C’est, en tout cas, la tendance actuelle.
Mais si ce probable troisième mandat jusqu’en 2031 sera le dernier, Gianni Infantino s’offrirait une sortie de roi avec la création de la filiale FFE. Selon les révélations du Times, le patron du football mondial débarquera à la tête de la société commerciale après la fin de sa présidence.
Et d’un salaire annuel de 2,6 millions de dollars (environ 2,24 millions d’euros) comme président de la Fifa en 2026, Gianni Infantino grimperait, selon certaines sources, à près de 64 millions de dollars par an en tant que directeur général de la filiale. Une belle revalorisation à prévoir pour l’homme fort du football mondial.
• Quel est l’avis des confédérations continentales et fédérations nationales?
Avant même la communication de la Fifa, l’UEFA est montée au créneau pour signifier son opposition à la création puis à la vente d’une société commerciale. Très virulente mais d’abord isolée, la confédération européenne a fini par recevoir le soutien de plusieurs autres entités continentales. Ce mercredi, la CONCACAF (équivalent de l’UEFA pour l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale) puis l’AFC (Asie) ont également dénoncé le processus de la Fifa pour mettre en “vente la Coupe du monde”. Au-delà du projet en lui-même, les instances continentales ont largement critiqué le fait de l’avoir découvert via la presse.
Et si plusieurs fédérations nationales comme la France via Philippe Diallo, l’Angleterre ou encore l’Allemagne ont signifié leur opposition et pourraient mener la fronde contre le projet de Gianni Infantino, d’autres l’ont défendu. C’est notamment le cas de la Tchéquie et de son président David Trunda qui voit “très clairement les bénéfices pragmatiques pour le football tchèque”.
Moins à l’aise économiquement que les fédérations majeures du football mondial, les petites fédérations et leurs dirigeants pourraient se laisser séduire par la manne financière promise par Gianni Infantino et la Fifa. On risque clairement d’avoir une scission entre les “petits” et les “grands” du football. Mais attention: à la Fifa, chaque pays des 211 associations membres compte pour une voix.
• Quand et comment seront décidées la création et la vente d’une filiale de la Fifa?
Officiellement, la Fifa n’a rien établi pour décider ou non de créer cette filiale. Mais dans son communiqué, l’instance internationale a pris soin de rappeler qu’elle avait l’habitude de créer “régulièrement de manière unilatérale des filiales dédiées à des projets spécifiques”. Une manière de faire comprendre qu’elle n’a pas besoin de l’aval des fédérations nationales pour acter la création puis la vente de la FFE.
Mais par souci de démocratie et pour ne pas donner l’impression d’une OPA sur le football mondial, Gianni Infantino et la Fifa espèrent remporter l’adhésion des associations membres et associeront le Conseil de la Fifa au processus.
“L’administration de la Fifa ne mettra en place cette nouvelle structure que si une majorité des associations membres lui apporte son soutien et si le Conseil de la Fifa approuve les adaptations réglementaires nécessaires.”
Néanmoins, et comme expliqué par le Times ce mercredi, les 211 fédérations nationales ont jusqu’au 19 septembre pour accepter le plan de Gianni Infantino. S’il obtient 50% alors le projet passera devant le Conseil de la Fifa et sera adopté assez rapidement.





